Tu marchais sur la ligne discontinue de séparation de la route. Un pied devant l'autre. Comme un jeu d'enfants où le béton serait une marre de crocodiles. Nos yeux commençaient à s'habituer à l'obscurité mais l'on frémissait toujours aux bruits dans les fourrées. Tu portais une robe qui décelait tes jolies jambes jusqu'à tes genoux; je t'avais prêté ma chemise à carreaux pour que tu n'es pas froid. Les manches t'en tombaient sur les mains. Je te tournais autour; amoureuse. Marchant tantôt à l'avant, à reculons, sur la ligne de la route, tantôt dans ton dos, suivant le mouvement de tes pieds magiques. Parfois, je me figeais, te regardais de bas en haut, buvant avec délice ta silhouette, souriant, candide. Puis je saisissais alors par l'arrière ta taille, je remontais doucement mes index, te caressant les côtes pour finalement prendre tes poignets. Je tendais tes bras dans le vide, ton corps formant ainsi un T; ma tête plongée en toi, embrassant ta nuque. On répétait cela plusieurs fois. Comme un enfant, tu jouais seule. Comme une amante se fessant désirer, tu me tournais le dos. Comme un paon effectuant sa parade nuptiale, tu déployais tes plumes. Quelques fois, une voiture passait, nous réfléchissions longtemps au choix du côté de la route où il faudrait se positionner pour qu'elle ne nous écrase. On riait un peu de notre faible connaissance de la route.
Et le manège reprenait, je te caressais les cheveux.
" - Tu ne voudrais pas t'enfuir ?
- Comment ça ?
- Partir, partir loin."
Tu regardes du coin de l'½il le chemin partant dans les champs à côté. Mon rêve semble t'emplir quelques secondes, prenant naissance dans ses songes.